Introduction
La France est sous pression constante. En 2025, 1 366 incidents de sécurité ont été portés à la connaissance de l’ANSSI – un volume quasi identique à celui de 2024 (1 361), preuve que la menace ne faiblit pas. Quatre secteurs concentrent 76 % des incidents : l’éducation et la recherche (34 %), les ministères et collectivités territoriales (24 %), la santé (10 %) et les télécommunications (9 %).
Face à ce niveau de risque, un écosystème complet s’est structuré – mêlant institutions publiques, groupes industriels, éditeurs souverains et startups. Tour d’horizon des acteurs qui comptent vraiment.
1. L’ANSSI : la tour de contrôle nationale
Impossible de parler de cybersécurité en France sans commencer par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information. Créée en 2009 et placée sous l’autorité du Premier ministre, l’ANSSI élabore et met en œuvre la politique publique de sécurité des systèmes d’information. Elle intervient en amont pour accompagner les administrations et les opérateurs d’importance vitale (OIV) dans la sécurisation de leurs infrastructures, et en aval lors de la gestion des incidents cyber majeurs.
Son bras opérationnel, le CERT-FR, assure la veille permanente, l’alerte et la coordination des réponses aux incidents à l’échelle nationale. L’ANSSI délivre également des qualifications et certifications de sécurité aux prestataires et produits, et pilote le dispositif SecNumCloud pour le cloud de confiance.
En 2025, l’agence a publié son Panorama de la cybermenace, dont les conclusions sont sans ambiguïté : la France se prépare à un scénario central d’augmentation massive des attaques dites « hybrides » d’ici 2030, avec des effets concrets sur les infrastructures critiques.
2. Le COMCYBER : le bras armé dans le cyberespace
Sur le terrain militaire, c’est le Commandement de la cyberdéfense (COMCYBER) qui tient la ligne. Créé en 2017, ce commandement interarmées dépend directement du chef d’état-major des armées. Il est chargé de protéger les systèmes militaires contre les cyberattaques et de conduire, le cas échéant, des opérations offensives dans le cyberespace.
Le COMCYBER ne travaille pas en silo : il coopère étroitement avec l’ANSSI, les services de renseignement, les partenaires internationaux et le tissu industriel français. Un acteur discret mais central dans la doctrine de cyberdéfense nationale.
3. La DGSI : renseignement et cyberthreats étatiques

La Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI) joue un rôle clé dans l’investigation des cybermenaces liées à l’espionnage, au terrorisme ou aux attaques contre l’économie nationale.
C’est elle qui traque les opérations d’ingérence cyber menées par des acteurs étatiques russes, chinois ou autres visant les intérêts français.
4. Thales : le champion de la souveraineté
Dans le privé, Thales s’impose comme le fleuron industriel incontournable. Avec plus de 5 000 experts dédiés dans le monde, Thales propose des solutions allant de la cryptographie souveraine à la protection des infrastructures critiques.
Le groupe est omniprésent dans les secteurs de la défense, de l’énergie et de l’aérospatial. Sa capacité à développer des solutions certifiées par l’ANSSI et conformes aux exigences de souveraineté numérique française en fait un partenaire stratégique incontournable pour l’État.
5. Orange Cyberdefense : le leader des services managés
Orange Cyberdefense est un leader européen dans les prestations de service en cybersécurité aux entreprises. Implanté dans plusieurs pays et comptant plus de 2 700 experts, Orange Cyberdefense articule son action en 5 axes : anticiper, identifier, protéger, détecter et réagir.
Sa force principale réside dans son réseau de SOC (Security Operations Centers) répartis à travers l’Europe, capables de monitorer en temps réel les infrastructures de milliers d’organisations. Pour les entreprises qui n’ont pas les ressources pour internaliser leur cybersécurité, Orange Cyberdefense représente souvent le premier réflexe.
6. Atos / Eviden : de la grande entreprise à l’État
Le groupe Atos, via sa filiale Eviden, figure parmi les leaders européens de la cybersécurité d’entreprise. Ses SOC surveillent les infrastructures de milliers d’entreprises à travers le monde. En France, Atos est un partenaire stratégique pour les administrations et les banques. Vous pouvez en savoir plus sur notre article dédier sur les audit de cybersécurité en PME.
Eviden mise également sur le quantum-safe encryption pour anticiper l’arrivée de l’informatique quantique un chantier qui va redéfinir toute la cryptographie dans les prochaines années.
7. Stormshield : la défense des réseaux industriels
Filiale d’Airbus CyberSecurity, Stormshield est un acteur de référence dans la protection des réseaux industriels et IT. Ses solutions sont qualifiées par l’ANSSI, un gage de confiance. Elle équipe aussi bien les ministères que les collectivités locales et les grandes entreprises.
Dans un contexte où les attaques contre les systèmes industriels (OT) se multiplient — usines, hôpitaux, réseaux d’énergie — Stormshield occupe un positionnement de niche extrêmement stratégique.
8. Tehtris : la pépite française de l’XDR souverain
Fondée à Bordeaux, Tehtris s’est fait un nom grâce à sa plateforme de détection et réponse étendue (XDR) basée sur l’intelligence artificielle souveraine. À l’heure où beaucoup d’entreprises françaises dépendent de solutions américaines ou israéliennes pour leur sécurité endpoint, Tehtris incarne l’alternative souveraine crédible.
9. Wallix : la gestion des accès privilégiés
Spécialiste du PAM (Privileged Access Management), Wallix sécurise les accès aux systèmes critiques. Présente dans plus de 90 pays et cotée sur Euronext, sa solution Wallix Bastion est particulièrement prisée dans les secteurs industriels, hospitaliers et gouvernementaux.
Le PAM est devenu un pilier de toute stratégie Zero Trust sérieuse : contrôler qui accède à quoi, quand et comment, est aujourd’hui aussi important que le firewall périmétrique.
10. Le Cyber Campus et Hexatrust : l’écosystème collectif
Au-delà des acteurs individuels, la France a misé sur la structuration collective. Inauguré en 2022 à La Défense, le Cyber Campus rassemble plus de 160 acteurs publics et privés de la cybersécurité française. L’objectif : encourager l’innovation, le partage d’expertise et la coopération entre l’État, les grandes entreprises, les PME et les startups.
Le groupement Hexatrust réunit une trentaine d’acteurs de la cybersécurité et du cloud de confiance. Il œuvre pour la promotion des solutions souveraines et le développement d’un écosystème européen solide, capable de résister à la domination des Big Tech étrangères.
PME et TPE : le maillon faible à protéger
Les grands noms rassurent, mais la réalité du terrain est plus fragile. Les PME, TPE et entreprises de taille intermédiaire représentent 48 % des victimes de rançongiciels recensées par l’ANSSI en 2025. Pour y répondre, l’ANSSI a développé MonAideCyber, une plateforme proposant un diagnostic gratuit réalisé par des experts, permettant aux entreprises d’évaluer leur niveau de sécurité et de mettre en place des mesures adaptées.
La plateforme cybermalveillance.gouv.fr complète ce dispositif en offrant assistance et mise en relation avec des prestataires certifiés.
Conclusion
L’écosystème cyber français est l’un des plus structurés d’Europe. Il combine une régulation publique solide (ANSSI, COMCYBER, DGSI), des industriels de rang mondial (Thales, Airbus, Orange Cyberdefense) et une scène startup dynamique (Tehtris, Wallix, GitGuardian, CybelAngel).
La réussite des Jeux Olympiques de Paris 2024 a été l’aboutissement d’un travail intense de l’ANSSI et de l’ensemble de la filière preuve que la coordination fonctionne quand elle est bien orchestrée.
Le défi pour les années à venir : la transposition de la directive NIS 2 et l’entrée en vigueur du Cyber Resilience Act, qui vont imposer un niveau de maturité cyber bien plus élevé à des milliers d’organisations aujourd’hui encore sous-préparées.